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Full text of "Mailhol, Curé De Mirepoix - Pétition"

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Mailhol, 

curé de Mirepoix. 

Pétition. 


Ta haine est donc satisfaite, tu me vois déjà en détention perpé- 
tuelle et tu t’en réjouis, va je te pardonne, mais je t’estime ce que 
tu vaux. Tandis que tu machinais contre moi dans tes insomnies, 
tranquille dans mon cabinet, me livrant au républicanisme de mon 
esprit et de mon cœur, je travaillais à faire aimer et servir la Ré- 
publique, je rapprochais d’elle la religion dont je suis le ministre, en 
purifiant de mon mieux son or de tout alliage, en élaguant tout ce 
que les hommes ont ajouté à l Evangile. 


I 


SMAEL 



Réédition n° 4 


Éditions Ismael : 

n° i Richard Frethorne, Quatre lettres dun serviteur en Virginie 
(1622-23). 

l re éd. (numérique) : texte anglais, trad., notes, commentaires, et postf.; janv. 
2016. 

2 e éd. (imp. et num.) revue, corrigée et augmentée ; en cours de publication. 

n° 2 Paul Choquet, Le Signe Historique. La 2 e section du Conflit des 
Facultés et sa réception au XX e siècle. 

Edition numérique et imprimée, déc. 2016. 

n° 3 Christine Belcikowski, L’histoire d’Abraham Louis, Mirepoix- 
Bordeaux-Mirepoix, iyff-i82g. Une généalogie. 

Edition numérique et imprimée, juillet 2017. 

(en cours de publication) : 

n° 4 Pierre Klossowski, Johann Georg Hamann. Anthologie et textes 
critiques. 

Edition critique et commentée des publications et des manuscrits inédits de 
P. Klossowski relatifs à Hamann et son œuvre, comprenant en outre la traduc- 
tion d’un compte-rendu de Hegel. 


Rééditions : 

n° 1 Claude Brousson, Relation Sommaire des Merveilles que Dieu 
fait en France, dans les Cévennes <Sç dans le Bas-Languedoc, 
pour l’instruction fy la consolation de son Eglise désolée. 

n° 2 Quentin Meillassoux, Potentialité et Virtualité. 

n° 3 Quentin Meillassoux, Deuil à venir, Dieu à venir. 

n° 5 J. G. Hamann, Métacritique du purisme de la raison (traduc- 
tion Jacques Colette). 


fH Toutes nos publications sont gratuitement téléchargeables sur notre site /ffl 
editions-ismael.com 


Pétition 


au 


Comité de Sûreté générale 

de la Convention nationale ou aux juges donnés 
aux détenus du département de l’Ariège, 


„ par. 


Mailhol, 

curé de Mirepoix, détenu ce 15 ttoréal (4 mars 1 794) à Pamiers 
d’ordre du Représentant Chaudon-Rousseau. 


Introduite par CHRISTINE BELCIKOWSKI et annotée par JOSEPH-LAURENT Olive. 



RÉÉDITION N° 4- 

Paris-Lisboa. 

Imprimé pour Ismael, éditeur, vendu en réseau et en la Ville Lumière chez F. 
sur le Gros Caillou, sous le bosquet de Jean à l’enseigne de la fontaine ; 

ET DEVANT LA VlLLE BLANCHE, EN LA CITÉ ArGILIÈRE, SISE SUR LE TAGE, 

CHEZ J., 28’ COMBATANT DE LA GRANDE GUERRE, DIV. I E, 

À LA MÊME SOURCE — JUIN MM. XVII. 






Né À Carcassonne en 172g, descendant d'une vieillefamiUe de marchands 
drapiers quia donné plusieurs consuls à la ville; neveu de Claude Maithol 
O703-1775), savant génovéfin, helléniste et hébralsant, associé de l'Académie 
de Béziers; auteur d'un Mémoire sur les longitudes à découvrir en mer et 
d'un autre Mémoire sur un marbre des Juifs que l’on voit à Béziers;^?/)? 
de Gabriel Mailhol (1725-iygi), écrivain qui a gravité à Paris dans le milieu 
du duc de Fleur]' et qui laisse une oeuvre romanesque et dramatique proli- 
fique ; frère de Marie Xavier Mailhol qui a épousé en 1761 à Mirepoir Etienne 
Bouger, notaire royal, avocat en parlement; Jean Pierre Mailhol, bachelier 
en Sorbonne, entre au séminaire de Saint Sulpice à Paris en 1745. Il est or- 
donné prêtre à Paris en 1753. Retourné ensuite dans son diocèse cl origine, il 
obtient d abord une prébende à Montréal, dans l 'Aude. En 17.54, il succède 
à son oncle, Jean Mailhol, comme curé de Lavalette, près cle Carcassonne. 
En 1774, il prononce l'oraison funèbre de Louis XV dans la chapelle de la 
Confrérie des Pénitents bleus de Carcassonne. Il publie à la même époque un 
Exercice de l’âme pendant la messe et les vêpres. Nommé en 1778 chanoine 
au Chapitre cathédral de Mirepoix, d 'abord sacristain et théologal, puis 
grand vicaire, il est à la veille de la Réi olution le bras droit de Monseigneur 
deCambon, dernier évêque dudit Mirepoix. Le 23 janvier 17g! , désavoué en 
cela par son évêque et par -sa famille également, il rend ses lettres de vicaire 
général et prête serment à la Constitution civile du c/ergé. 

Elu maire de Mirepoix en t7g2, Jean Marie Raymond Bouger ( 1762-1813), 
neveu de Jean Pierre Mailhol, est de sensibilité plutôt girondine. Il s'attire 
à ce titre l'animosité du très jacobin Gabriel Clauzel, marchand drapier, 
qui a été maire de la commune de i7go à 17g/, qui anime de i7g2 à i7g4 le 
Comité de surveillance de ladite commune, qui sera maire à nouveau du- 
rant la première moitié de l'année i7g4, et qui défênd des idées violemment 
anticléricales. 

En octobre iyg3, engagé volontaire, Jean Antoine Xavier Ronger, autre 
neveu de Jean Pierre Mailhol, né le 22 octobre 176g, tombe à la bataille du 


Boulon, lors de la guerre qui oppose les Français aux Espagnols sur te front 
des Pyrénées orientales. 

Dans le même temps, Marie Anne Pétronille Mailhol, fille de l écrivain 
Gabriel Mailhol, nièce de Jean Pierre Mailhol, est à Paris, au rf 8 de la 
rue de la Pépinière, réponse de Ray mond Gaston (1757-?), ancien juge de 
pair à Foix, conventionnel régicide, député connu pour sa véhémence et 
son anticléricalisme aussi, ancien mentor de Jean Antoine Xavier Rouger. 
Un document de police indique que, le 3 juillet 1793, dénoncée par un voisin, 
Marie Anne Pétronille Mailhol se trouve soupçonnée d'entretenir une aven- 
ture avec un individu suspect. Raymond Gaston mène l enquête. 

C'est dam ce contexte politico-familial compliqué que, le 14 mai 1793, Jean 
Pierre Mailhol est arrêté sim ordre du représentant Chaudron-Rousseau’ 
et à à l 'instigation de Gabriel Clauzel qui vient dette nommé procureur 
général syndic par François Baby 

Le j janvier 1794, Jean Pierre Mailhol est libéré sur ordre du représen- 
tant Paganel 1 2 3 . Le 9 mars 1794, pour avoir tenté d'éviter la transformation 
de la cathédrale de Mirepoix en temple de la Raison, il se trou ve déposé à 
nouveau sur ordre de Chaudron-Rousseau. Gabriel Clauzel, trouvant Jean 
Pierre Mailhol momentanément absent, fait incarcérer à sa place Marie 
Xavier Mailhol, sœur de ce dernier. Jean Pierre Mailhol est ensuite incarcéré 
à Ccistelnaudar y et ne sera libéré que le 10 mars 1795. De frimaire à messidor 
an LV (10 décembre 1795 à 19 juin 1796), l'Imprimerie Librairie chrétienne 
publie à Paris La Voix du Conciliateur, texte de Jean Pierre Mailhol, ancien 
curé assermenté de Mirepoix, série d'articles dans lesquels l'auteur invite à 
la réconciliation entre l'Eglise et la République. 

Après sa libération, Jean Pierre Mailhol est nommé curé de Villespy, dans 
le diocèse de Saint-Papou!, et vicaire épiscopal de l 'Aude. Le 15 août 1797, il 
se rend à Paris, envoyé par le clergé de l'Aude à fin de représentation au 
Concile national de l'Eglise gallicane. Jean Pierre Mailhol contribue là au 
Concordat du 15 juillet 1801, qui organise les rapports entre les différentes 
religions et l 'Etat dans toute la France. Nommé en 1802 curé de Boulogne, 
dans le Comminge-s, Jean Pierre Mailhol y meurt le 20 novembre 1804 4 . 


1. Guillaume Chaudron-Rousseau (1752-1816), député à la Convention, envoyé 
du gouvernement dans les Pyrénées orientales, chargé de la répression contre le 
soulèvement fédéraliste de Bordeaux. 

2. Jean François Baby, né en 1759 à Tarascon, Ariège, commissaire civil et député 
suppléant, agent de la Terreur. Fusillé à Paris en octobre 1796. 

3. Pierre Paganel (1725, Villeneuve-sur-Lot - 1826, Bruxelles), ancien prêtre, 
député à la Convention, représentant du gouvernement en Languedoc. 

4. Sources : L. Labouisse-Rochefort, Souvenirs et Mélanges littéraires, politiques 
et biographiques, vol. 2, Bossange Père (Paris), 1826, p. 309 ; Joseph-Laurent Olive, 
Dieu soit loué de tout, livre de raison de la famille Rouger, édition privée. 



u Comité de Sûreté générale de la Conven- 
tion nationale ou aux juges donnés aux 
détenus du département de [ Ariège, Mailhol, 
ciué de Mlrepoix, détenu à Pamiers d’or- 
dre du Représentant Chaudon-Rousseau. 


Délivrer des Patriotes républicains de la détention et les laver 
d’une honteuse suspicion, c’est un des plus importants objets de 
votre Commission, c’est le désir de votre cœur. Lisez, citoyens, 
j’exposerai seulement les faits, les époques, et vous reconnaîtrez 
qu’on a surpris la justice de Rousseau, que je mériterais des ré- 
compenses, non des peines, et (pie tout mon crime est d’avoir un 
ennemi accrédité 1 . 

Fait grand vicaire et curé de Mirepoix par l’évêque Cambon 
en 1778, il me pressa en 1789 d’adhérer avec lui à l’Exposé des 
Principes 2 des 30 Evêques, je lui refrisai net et, ne pouvant le ra- 
mener, je lui remis ses lettres de grand vicaire, prêtai le serment 
prescrit aux curés le 27 novembre 1790 3 , ayant déjà fait plusieurs 
serments civiques, et j’autorisai ma patriotique conduite par 
deux imprimés en janvier et mai 1791, la moitié des curés du 
diocèse ayant suivi mon exemple, au grand dépit du Prélat et du 
parti aristocratique. 

L’Evêque lance un mandement en juin 1791, où je suis traité 
comme chef de l’Apostasie, j’y réponds par un troisième écrit 




2 § Mailhol, curé de Mirepoix. 


en septembre, auquel je joins la réfutation du Bref 4 du 13 avril, 
ouvrage que les journalistes patriotes de Paris louèrent, et qui s’y 
vendit beaucoup chez le Clerc rue St-Denis. 

Mon civisme avait précédé la Révolution. D’abord caressé, 
toujours respecté par l’Évêque et le Marquis, je m’étais brouillé 
avec celui-ci parce que je m’opposai à ce que le Bureau de l’hôpi- 
tal le déchargeât des bâtards pour trop modique somme et que je 
criai haut contre les friponneries de ses moulins ; je me brouillai 
avec l’Évêque, quoique sans rupture ouverte, parce qu’il tyranni- 
sa le chapitre par des saisies tortionnaires, à la suite d’un procès 
où l’Évêque avait tort quoiqu’il eut gagné. 

Reprenons le fil des événements : en 1792 parurent de moi 
les « Veillées du Presbytère », dont l’édition, chez Froullé quai 
des Augustins, fut bientôt épuisée, et qui contribua beaucoup à 
patriotiser les campagnes et le bon peuple à qui on le lisait. On 
n’imaginerait pas tout ce que j’eus à souffrir de l’aristocratie, des 
prêtres réfractaires et de leurs dévotes, on accorda à mes écrits 
les honneurs de la brûlure en place publique. Je fus proclamé le 
nouveau renieur Pierre, le nouveau traître Judas ; il plut sur moi 
un déluge de calomnies, de lettres anonymes, de chansons impri- 
mées et, qui pis est, de coups de bâtons nocturnes 5 . En sorte que 
je pourrais m’appeler l’apôtre et le martyr de la Révolution, qui 
ne s’est jamais démenti, la suite le prouvera. 

Pourquoi donc m’a-t-on enfermé, expliquons-le. Vit à Mire- 
poix un quidam actif et adroit < p 1 i se procura les premières places 
de la Révolution, je ne lui ai jamais fait de mal, il en convient, 
mais je n’ai jamais eu ni la force de l’estimer, ni la faiblesse de 
le craindre. À la mi février 1793 m’arrivent deux lettres de deux 
frères, mes cousins, négociants au Portugal qui, ayant appris par 
le premier courrier direct de Paris la mort de Capet, raisonnent 
très mal sur cet événement. Aussitôt le quidam m’accuse d’être 
en relation avec des émigrés, me fait saisir moi et mes papiers, 
et traduire au département à Foix. Or, les prétendus émigrés 
étaient hors de France depuis plus de vingt ans, et rien dans 
leurs lettres n’indiquait mon opinion personnelle sur cette 
mort dont je n’avais pu les entretenir vu les dates. En sorte que 


Pétition. § 3 


le département me renvoya justifié à mes fonctions, non sans 
dépit pour le quidam qui avait annoncé contre moi les plus sé- 
vères peines. À la vérité, l’une de mes lettres portant « on vient 
de faire deux grandes fautes à Paris, l’Assemblée de confier au 
Roi la guerre contre ses frères, le Roi d’en accepter la charge, 
ils s’en repentiront », l’un des juges appela audace ce qui n’était 
que clairvoyance, et demanda que l’arrêté me recommandât à la 
surveillance de la municipalité. 

Moi, de retour à Mirepoix, je continuai à m’y conduire en 
bon patriote et en zélé républicain; j’avais fait, ou j’ai fait de- 
puis, tous les serments proposés ; quand le Roi fut suspendu, 
encore plus dès que sa déchéance fut prononcée, je fis cesser le 
« Domine salvum fac Regeni » et j’y suppléai par une prière pour 
la République. De nia bourse sont sorties plus de mille livres en 
dons patriotiques outre plus de trois cents d’impôt annuel. Pour 
les succès militaires j’ai fait chanter des Te Deum. Un neveu 6 , 
que j’avais lait élever àgros frais à Paris pour l’Église et qui était 
à Mirepoix mon commensal et l’aigle du club, je le livrai de grand 
cœur à la défense de la Patrie, pourquoi hélas l’Espagnol me l’a- 
t-il tué ? 

En juin dernier, le fédéralisme ayant fait entendre sa voix 
à Mirepoix, je criai tout haut contre le monstre : « unité de la 
République, tenons-nous serrés contre la Convention natio- 
nale », tel fut mon cri. Dès lors, à chaque messe de paroisse, je 
fis chanter des prières relatives, traduites en français au lutrin; 
on les répétait de si grand cœur ! Je les expliquai en chaire deux 
fois avec tant de zèle ! Alt ! mille fois on m’y a entendu parler 
en vrai patriote. Témoin, certaine assemblée électorale qui, ap- 
plaudissant hautement à un de mes discours, me le fit répéter en 
1792. Et mon cabinet, mes écrits ne prouvent-ils pas en moi un 
républicanisme aussi éclairé qu’actif (j’en donnerai note ci-bas). 
Toutefois, voici mes malheurs par le manège du quidam que je 
n’avais pas assez craint. 

Première détention le 14 octobre à son instigation (Baby l’a 
nommé 7 ), les griefs lui en sont demandés par Massiac et Baby. 


4 § Mailhol, curé de Mirepoix. 


Les reconnaissant insuffisants et peu prouvés, ils arrêtent le 
29 brumaire [19 novembre 1793] que ma liberté nie sera rendue, il 
n’en est rien pourtant. Pourquoi ? parce que le quidam persuade 
au Comité de Pamiers que Massiac et Baby (objet de ses cabales) 
n’ont plus de pouvoirs 8 ; on fait plus, on me retient injustement 
l’arrêté des commissaires et on me met dans la cruelle impuis- 
sance de le produire aujourd’hui. 

Ma détention continuant, on m’offre la liberté si je veux re- 
noncer à mon état et à mes fonctions (ici, je ne dissimulerai rien). 
À mes fonctions répondis-je, soit, car je ne veux ni ne dois les 
exercer qu’ autant que les autorités constituées m’y autoriseront, 
me le permettront ; les exercer malgré elles, voilà qui serait à mon 
sens vrai fanatisme ; mais, à mon état de prêtre, je vous trompe- 
rais si je vous disais que j’y renonce, le cri de nia conscience y est 
contraire. Ramenez-moi aux Carrières si ma liberté tient à cette 
renonciation. Il en fut ainsi. 

Ma famille 9 , voulant alors m’éloigner de mon Persécuteur 
sollicita du Comité IO de Mirepoix un délibéré qui, assurant ma 
liberté, me prohibait domicile à Mirepoix. Paganel 11 l’arrêta ainsi 
le 5 nivôse [25 décembre 1793] sans dire mot des fonctions pas- 
torales, qu’on l’observe. Je pris alors domicile à deux lieues de la 
ville et n’y paraissais que pour disposer la vente de mes meubles 
et mon départ. 

Alors, le club, le conseil général, le comité lui-même me ré- 
clament unanimement de Paganel le 16 nivôse [5 janvier 1794], 
unanimité que je n’ai aucunement provoquée ; l’on m’en accuse, 
qu’on le prouve (quand mon ennemi voudra-t-il exécuter les 
lis?). Paganel lève la défense de me domicilier à Mirepoix par 
un deuxième arrêté du 27 nivôse [16 janvier 1794], sans parler de 
mes fonctions non plus que dans le premier. 

Moi, réclamé hautement par l’entière commune dans l’in- 
tention manifestée de me voir les exercer, autorisé à cela par la 
Constitution et par le décret du 18 frimaire 12 [8 décembre 1793], 
voyant alors le quidam hors d’état de me nuire et sans pouvoirs, 
n’ignorant pas d’ailleurs < pic, dans l’entreprise de Massiac en 
mon absence, le quidam et sa femme avaient encouragé le peuple 


Pétition. § 5 


à faire tenir l’église ouverte, croyant conséquemment qu’il ne me 
ferait pas un crime d’avoir repris mes fonctions, je les recommen- 
çai, mais le 21 pluviôse [9 février 1794] seulement et en déclarant 
hautement que je les cesserais dès que les autorités constituées 
ne me voudraient plus à Mirepoix. Je monte en chaire, c’est pour 
y prêcher la République et tonner contre tout esprit de parti, 
surtout contre toute guerre de religion. Je parais au club, c’est 
pour lui proposer des entretiens historiques et politiques sur les 
républiques anciennes et modernes, à lire aux décadis, aux clubs 
mêmes, au probt du républicanisme. 

Mais mon ennemi, que la haine aveugle, nie reproche d’avoir 
repris mes foncüons, alors que personne ne m’a interdit de 
les exercer; j’ai obéi au cri de ma conscience et il me traite de 
fanatique ! 

Pourquoi, m’objecte-t-on encore, intriguâtes-vous au club 
contre le temple de la Raison; je n’intriguai pas plus pour cela 
que pour obtenir le vœu du 16 nivôse, voici le vrai. Fontes pro- 
pose de prendre l’église de paroisse pour temple de la Raison, 
opposition générale du peuple : laissez-nous notre église, elle 
est unique, qui osera nous en chasser, payons un temple de la 
Raison ailleurs. Contentons le peuple, dit alors un Juif, j’offre 
200 livres... j’en offre autant, dis-je après lui, honteux de m’être 
laissé précéder par ce bon israélite... et moi 500, dit le maire... 
et, le peuple se boursillant, il y eut 700 livres de cotisées pour cet 
objet. Voilà tout mon crime et celui du maire 13 déposé et rempla- 
cé par Fontes quand on a pris l’église pour l’intolérant et exclusif 
culte de la Raison, qui n’est pas celui de l’Étemel. 

Or, je suis moi si tolérant, si conciliant que je dis en chaire : 
que l’on promette de ne pas ravager l’église et de ne pas y pro- 
férer en chaire des blasphèmes, nous pourrions nous servir du 
même local à diverses heures, la religion naturelle est la sœur de 
la religion chrétienne ; vous prêcheriez les vertus morales, moi 
les vernis surnaturelles ou les motifs surnaturels, et nous ferions 
tous en paix le bien moral de la République. Y a-t-il en cela de 
quoi me criminaliser et me punir? Ne faudrait-il pas émdier 


6 § Mailhol, curé de Mirepoix. 


cette idée au grand contentement du peuple français chrétien et 
non chrétien ? 

Revenons aux faits. Rousseau, arrivé le 20 ventôse [10 mars 
1791 1 . donne toute sa confiance à mon ennemi déclaré et le met 
à la tête du Comité 14 . Dès lors, je remplis ma promesse et mes 
principes en me retirant, et je l’écris au Représentant, n’ayant pu 
obtenir audience. 

On en voulait au culte plus encore qu’à moi ; car pendant ma 
première détention le vicaire m’avait suppléé, à cette deuxième 
il a été détenu comme moi. Mais d’ailleurs la rage de mon en- 
nemi voulait se satisfaire. Tout ce qu’il peut obtenir du comité 
formé par lui c’est que, dans les circonstances, il faut m’éloigner 
de Mirepoix, chose bien différente de ma détention ; il l’obtient 
pourtant de Rousseau, et comment s’y prend-t-il à mon égard ? 11 
déclare à nia sœur ’ 5 que, si je ne me rends pas pour la détention, 
je serai traité comme émigré (sont-ce là des lois?) et ma sœur 
est emprisonnée en otage. Je reviens du département de l’Aude 
à ces tristes nouvelles, et 111e voilà détenu depuis le 25 ventôse 
[15 mars 1794], âgé de 65 ans, chargé d’inhrmités, sans nul ser- 
vice ici. 

Là ne finit point la persécution, on met le scellé sur mes 
papiers, où le juge de paix non seulement ne découvre rien de 
suspect mais trouve, écrits de nia main, des « Entretiens histo- 
riques et politiques sur les républiques anciennes et modernes », 
pour les décadis et les clubs. Et si le juge avait fait un inventaire 
de tous mes écrits, comme je l’avais demandé et comme le qui- 
dam ne l’a pas permis, il aurait constaté l’existence dans mon 
cabinet de plusieurs manuscrits tous républicains sortis de ma 
tête, dictés par mon cœur, ce qui serait contre mon accusateur la 
meilleure des armes. 

Mais il y a bien plus, mon ennemi est l’âme du comité, il le 
domine ; on y remplit sur chaque détenu de Mirepoix des notes 
à colonnes. Je présente pétition pour que mon accusateur ne 
soit pas admis à délibérer ma note et je proteste contre s’il ne se 
récuse, droit que me donnait l’ancien régime même, récusation 
qu’il eut dû prévenir. Qu’en arrive-t-il ? Il jette feu et flamme 


Pétition. § 7 


contre mon audace, et la fatale note de fanatique, d’intriguant 
m’est donnée et part pour Paris, si je suis bien informé. 

Ta haine est donc satisfaite, tu me vois déjà en détention 
perpétuelle et tu t’en réjouis, va je te pardonne, mais je t’estime 
ce (pie tu vaux. Tandis (pie tu machinais contre moi dans tes 
insomnies, tranquille dans mon cabinet, me livrant au républi- 
canisme de mon esprit et de mon cœur, je travaillais à faire aimer 
et servir la République, je rapprochais d’elle la religion dont je 
suis le ministre, en purifiant de mon mieux son or de tout alliage, 
en élaguant tout ce (pie les hommes ont ajouté à l’Evangile. Fra 
Paëlo n’en fit pas plus pourla République de Venise contre Rome 
(pie j’en ai fait pour la République française ; elle le protégea, le 
récompensa; la République française ne me laissera point sans 
pain, sans moyens d’étude, dans la solitude (pie je réclame, après 
plus de 40 ans de services rendus à l’Église, à l’État, et surtout 
à l’humanité souffrante. On connaît à Mirepoix mon boulanger 
et mon marchand d’habits pour les pauvres ; l’on m’a vu les ré- 
chauffer dans les glaces de l’hiver et je ne sais pas me repentir 
d’être presque sans réserves. 

Mailhol, curé de Mirepoix, 
détenu ce 15 floréal [4 mars 1794]. 


... N" 12719 le 27 lloréal de l’an II, renvoyé au Comité de Sûreté Générale 
par celui des Pétitions. 


Paris ce 28 floréal de l'an 2 [14 mai 1794]. 


Notes. 


1. Cet ennemi, appelé aussi « le quidam », n’est autre que Gabriel Clauzel. 

2. Cet « Exposé » a été adressé à Rome en octobre 1790. 

3. Serment de fidélité à la Constitution civile. 

4. Eref pontifical qui condamne comme schismatique et hérétique la 
Constitution civile du clergé. 

5. Le 7 juin 1792, tournant à l’extrémité du Grand Couvert à dix heures du 
soir, il reçut un violent coup de bâton sur la tête. 

6 . 11 s’agit de Joseph Antoine Xavier Rouger, tué devant le Boulou dans la 
nuit du 14 au 15 octobre 1793, au cours d'une action contre les Espagnols. 

7. Baby a nommé Gabriel Clauzel procureur général syndic. 

8. Ils détenaient ces pouvoirs du Représentant Chaudron-Rousseau, rap- 
pelé dans le sein de la Convention par décret du 13 brumaire an II (23 novembre 
1793 )- 

9. Etienne Rouger, son beau-frère. 

10. Comité révolutionnaire de surveillance. 

11. Les sociétés populaires de l’Ariège ayant réagi devant les excès des com- 
missaires civils, le Représentant Paganel, qui se trouvait à Montauban. se rendit 
en Ariège où il arriva le 24 décembre 1793. 

12. Ce décret, dû à l’initiative de Robespierre, reconnaît la liberté des cultes 
et défend de poursuivre le pillage des églises. 

13. Jean Marie Raymond Roger, rétabli dans ses fonctions de maire par 
Paganel le 27 décembre 1793, a été déposé le 10 mars 1794 par Chaudron- 
Rousseau, qui lui a substitué Jean Baptiste Fontès. 

14. Comité révolutionnaire de surveillance. 

15. Marie Xavier Mailhol, épouse d’Etienne Rouger. 


Ce fascicule - tiré à 
fo exemplaires 
numérotés 
de i à ?o, 
orné 

en frontispice d’un 
détail du Mer eu - 
rius als personifica- 
tie van Deugd red 
zielen bÿ voorge- 
borchte en Daphné 
verandert in boom , 
attribué à l’Ecole de 
Andrea Mantegna, 

145)0-1499 (Rijk- 
museum, Amster- 
dam) ; achevé de 
composer 

dans une chambre sise sur le Tage et d’imprimer en la même, 
dans les officines de la Grafica Europress, avec un Coral Book 
creme 80g, le vingt-cinq juin deux mille dix-sept - cons- 
titue le premier tirage de la quatrième réédition au cata- 
logue de Ismael, légalement déposé à la Bibliothèque Natio- 
nale de France en juillet de l’année deux mille dix-sept. 


2,50 € - ISBN : 979-10-97450-01-4